JAZZ ET INDETERMINATION

Même si l’appellation n’est pour ainsi dire pas en usage dans son contexte même, on peut néanmoins objectivement considérer que le jazz est une musique qui, lorsque écrite, est notée de manière indéterminée.

Il est fort de constater que, en contradiction avec les ouvertures de ses principaux instigateurs, le jazz actuellement le plus plébiscité a beaucoup perdu de sa vivacité et de ses interrogations pour laisser place à une musique des plus prévisible, pratiquement éloignée de toute indétermination.

Situation pour le moins paradoxale car la comparaison de la notation spécifique aux standards de jazz avec les modes d’écriture relatifs aux musiques indéterminées met en évidence le fait que, dans les deux cas, les procédures d’écriture sont destinées à stimuler l’aléa.

En fait, la notation typique aux standards de jazz, se limite à indiquer la ligne mélodique, la grille harmonique sous forme de chiffrages et ce généralement à l’intérieur d’une forme de 12 ou 32 mesures comme c’est le cas ici pour Nardis, une composition de Miles Davis.

Comme l’écoute d’interprétations abouties le révèle, la notation typique au jazz recèle un taux d’indétermination particulièrement élevé car tous les paramètres sont à considérer comme autant d’éléments indéterminés : la mélodie, l’harmonie, le rythme, l’instrumentation et même la forme sont susceptibles d’être constamment modifiés pour faire place au spontané, à l’imprévisible.

Ce type de composition propose en fait un canevas idiomatique à partir duquel l’improvisateur expérimenté saura tirer parti. L’interprète est l’acteur essentiel de la “mise en son” du thème et de ses développements.

Une interprétation à la lettre d’une partition typiquement jazz n’a tout simplement pas de sens musical ni de sens tout court. Le musicien de jazz, même s’il ne pense pas en ces termes, se trouve d’emblée confronté à l’indétermination dès le début de sa pratique musicale.

En regard du propos qui nous intéresse ici, il est intéressant de relever la trajectoire du compositeur Earle Brown, membre du mouvement « The New York Schools of Music and Visual Arts » qui a été trompettiste de jazz avant de s’adonner à la « graph notation » et autres types de partitions indéterminées.


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